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Ao
2009

Depuis le 1er août, les amateurs de gibier d’eau et de grands espaces occupent une partie du domaine public maritime pour une chasse des plus traditionnelles et populaires. Les jeunes de l'AJC62 sont en première ligne en baie d'Authie.

 

 

Canards de bords de mer
« Il faut vraiment avoir l’œil bien ouvert pour voir du canard voler à cette heure-là. » Six heures passées de quelques minutes, deux silhouettes empruntent le chemin de terre qui longe l’Authie, depuis le lieu-dit du Pont à cailloux. Thomas, qui entame sa troisième saison de chasse en baie avait bien raison. En attendant que le soleil veuille bien commencer à se montrer, de gros nuages empêchent la lune de jouer les halogènes. 
« À l’ouverture (le samedi 1er août), il a fallu attendre aussi, mais là, il y avait plus de monde. C’est normal, c’était la première. » Dans un ciel encore noir, tout juste peut-on apercevoir des formes fuyantes dans le ciel. Quelques battements d’ailes ont vite fait hors de portée la volée de canards. Quatre sarcelles. La prochaine fois, il faudra être plus attentif pour tenter un rappel plus convaincant, tandis que les appelants posés sur la mare n’ont pas fait leur boulot.

De l’aube au crépuscule
Après un bon quart d’heure de marche dans un sol mi-sableux, où se mêlent les grandes herbes, le duo a trouvé son lieu d’affût pour la matinée : une hutte pour laquelle le propriétaire leur a laissé le droit de s’installer en son absence. Un emplacement de choix, selon le plus habitué des lieux, puisqu’elle se situe à seulement quelques encablures des bords de l’Authie. Ainsi, aux premières heures du jour, il n’est pas rare d’y apercevoir des volées de canards ou quelques limicoles suivre le cours du fleuve. 
Julien, dont c’est la première année de chasse en Baie, n’en revient toujours pas. Et interroge son complice sur le vol de telle ou telle espèce entre-apercues, parfois à plusieurs centaines de mètres.
En effet, on ne peut que rester pantois devant la multitude d’oiseaux qui transitent par la bande côtière. Dans le ciel, on se marre. Enfin, un peu plus que s’il s’agissait de chasseurs plus expérimentés. Comme ces deux autres sarcelles qui ont pris le temps de survoler la mare pour rejoindre un horizon où des couleurs chaudes ont commencé à remplacer le noir.
Comme toutes les chasses d’affût, la chasse du gibier d’eau à la passée demande de la patience et de prendre le temps d’observer. « Tout à l’heure, on ira sur la plage, avance Thomas. Une fois que le soleil sera complètement levé. »
Pour 55 euros, Thomas et Julien adhèrent à l’association des chasseurs maritimes de l’Authie Nord. Un sésame qui leur permet de chasser sur une partie du Domaine public maritime, depuis le 1er août. Soit bien avant que les chasseurs qui pratiquent la chasse au gibier d’eau dans les marais intérieurs (21 août).

Là encore, une chasse différente, à la botte ou au trou (caché dans un trou creusé dans le sable). Mais avant, c’est l’heure du petit déjeuner. Trois bonnes heures se sont écoulées, ponctuées du passage de quelques oiseaux – et beaucoup de mouettes et de cormorans – sans que les deux chasseurs aient eu l’occasion de tirer.

Vase et moustiques, « c’est ça la baie »
En empruntant le chemin qui les ramènent à leur véhicule, une intuition sans doute. Thomas s’éloigne, pour longer le bord de la rivière, tandis que Julien garde sa position. En tournant la tête, les sourcils froncés, le second aperçoit un oiseau de petite taille fondre sur lui. Il n’y a pas de doute possible. Il s’agit bien d’une bécassine, et pas un de ces chevaliers cul-blanc avec lequel on peut la confondre. Le limicole le survole, tapi dans l’herbe. Pan, pan. Et croyant la voir s’éloigner, la bécassine rejoint le sol, une aile brisée, quelques grenailles dans le poitrail. « Il y a bien longtemps que je n’en avais pas tiré une ! » se réjouit Julien.
Le retour au parking est l’occasion d’interroger les deux jeunes chasseurs sur leur motivation. Pour Thomas, chasser sur le domaine public maritime, « c’est pouvoir commencer la saison de chasse plus tôt et avoir l’opportunité un gibier spécifique au DPM et surtout des limicoles. » En tant que jeune chasseur, Julien apprécie de pouvoir découvrir un mode de chasse différent et accessible. Le casse-croûte, pour les chasseurs à la passée ou à la botte se fera dehors, en plein-air. « Et tant pis s’il y a des moustiques ! C’est aussi ça la chasse en Baie ! » s’exclame Julien.
Partis en direction de La Madelon, la fin de matinée réserve aussi d’autres surprises. Devant soi, de grandes étendues de sable et d’herbes salées. « Au fond, c’est le delta de l’Authie » montre Thomas. Et de l’autre côté du fleuve, la part de l’espace public concédé par l’Etat à l’Association des chasseurs maritimes de l’Authie Sud. Au détour d’un gué, il n’est pas rare de voir s’envoler à tire d’ailes un couple de limicoles ou même un canard, supris.  Mais vers 13h30, il est temps de remonter vers les berges, en évitant le piège de la marée. Sinon, plus qu’une seule solution : « grimper sur le toit d’une hutte, explique Thomas. Comme ce sont des huttes flottantes, elles montent ou descendent avec la marée. »
L’autre piège, lorsque l’on chasse à la botte, c’est la vase. « On peut rapidement s’entiquer jusqu’aux genoux si on ne fait pas attention » prévient Julien, en connaissance de cause.

Chasse rude et sportive
« La chasse est interdite sur certaines zones. Et en particulier là où on peut croiser des promeneurs » explique Thomas. Qui constate que panneaux ou pas sur le sable, les promeneurs sont partout. « C’est sûr, il faut faire attention, mais la cohabitation se passe bien. La Baie est à tout le monde ! »
Paradoxalement, c’est peut être entre chasseurs que les relations sont les moins cordiales. « Comme partout, il y a des jaloux, mais dans la plupart des cas, tout se passe bien. » Au bord des sables, la concurrence n’en est pas moins rude, sportive.
À la vue d’une volée d’oiseaux, les sifflets fusent de partout, avec plus ou moins de naturel. « On peut acheter des appeaux, mais le mieux, ça reste d’apprendre avec des chasseurs qui pratiquent déjà. » Entre les coups de feu, et les sifflets, difficile de faire la sieste durant la journée. Le soir venu, une fois la passée terminée (maximum une heure après le coucher du soleil), nul besoin d’une berceuse. L’air salin, le lever matinal et les kilomètres parcourus suffiront bien à endormir les plus passionnés de cette chasse traditionnelle.
 

 

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Mis à jour le lundi 12 octobre 2009 19:03

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