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18
Mar
2008

Pour nous raconter l'historique du mouvement jeunes chasseurs, nous avons demandé à celui qui est le mieux placé pour en parler : Thierry Delefosse.

C’était en 1998… Responsable de la communication à la Fédération Régionale des Chasseurs du Nord Pas-de-Calais, je m’étais mis dans l’idée de provoquer la naissance d’une association de jeunes chasseurs. Il me semblait que des jeunes pourraient apporter des idées neuves, bouger ce monde de la chasse pétri de ses habitudes et prisonnier des ses conventions. Et puis, les jeunes chasseurs parlaient le langage adéquat pour séduire d’autres jeunes, amener de nouvelles recrues et montrer au grand public une image plus positive de la chasse. Je croyais aussi, avec une certaine naïveté, que les choses seraient simples avec des jeunes.

L’Association des Jeunes Chasseurs du Nord Pas-de-Calais a démarré sur les chapeaux de roues. Il en existait deux déjà, l’une dans le Rhône et l’autre en Vendée. « Mes » jeunes ont pris contact avec ces précurseurs, des échanges ont eu lieu… Cela prenait tournure.

Recruté l’année suivante par la Fédération Nationale des Chasseurs, au titre de rédacteur, j’ai monté un dossier incitant les fédérations départementales à conduire la même action que dans ma région. Certaines ont suivi, les associations de jeunes chasseurs sont sorties de terre comme des champignons… et les premiers malentendus sont survenus. Le monde de la chasse est bien souvent instrumentalisé, je le reconnais, et mes employeurs furent suspectés de vouloir « récupérer » le mouvement jeunes chasseurs, récupération dont j’étais l’instrument… Comme toujours, j’étais parti « fleur au fusil », sans arrière-pensée mais maladroit sans doute.

Il fallut discuter, argumenter, convaincre. Et continuer sur la route, d’autant plus que le fichier augmentait à vue d’œil. Cinq assos, sept, dix… La première réunion nationale eut lieu à Paris, au siège de la FNC. Quelle richesse dans les débats, quel programme fertile apparut dans le compte-rendu… J’étais enchanté des promesses de cette réunion.

Hélas, je pris aussi conscience que les jeunes chasseurs, plus encore que les anciens, ont des obligations qui les éloignent rapidement du monde associatif. A 20 ans, on fait des études, on est tout feu tout flamme, plein d’idées et de projets mais tout à coup, on entre dans la vie professionnelle, et on fonde un foyer. Alors, le temps libre devient rare. Alors que des associations s’essoufflaient déjà, de nouvelles naissaient. Douze, quinze, vingt…

Pas de doute, il fallait poursuivre. A Saint-Honoré les Bains, dans la Nièvre, en 2004, nous nous sommes retrouvés sur l’invitation de Yannick Lemaître. Une grande rencontre, animée avec brio par Paul-Henry Hansen-Catta. Et déjà cette question : fallait-il créer une structure nationale, pour porter efficacement le mouvement et lui donner les moyens d’apporter une pierre angulaire à la Maison Chasse ? Trop de travail, pas assez de disponibilité, pas prêts… J’étais un peu découragé, je l’avoue, mais je sentais bien que l’idée faisait son chemin. A cette réunion apparurent les « J C.com » et à mon tour, je craignis que « mes » jeunes se fassent récupérer. D’autant qu’à la « grande maison », on me demandait des comptes. « Les jeunes chasseurs, ça en est où ? ». J’en ai noirci des pages de rapports, et participé à des A G où je faisans figure de vieux crabe, à Arras, à Lyon, à Châteauroux…

Sur l’invitation des jeunes chasseurs de l’Indre en 2005, nous avons de nouveau planché le temps d’un week end de folie, rythmé par les chansons (de corps de garde parfois) et les sonneries de trompe de chasse. A mon âge, ce n’était guère prudent d’accompagner ces jeunes en fredaine. Si la nuit était agitée, cela n’empêchait pas que des choses se mettaient en place durant la journée. J’étais heureux de vous voir cogiter, vous enthousiasmer, prendre conscience de vos limites aussi.

Toujours chargé du dossier jeunes chasseurs à la FNC, je décidais néanmoins de limiter cette mission à un accompagnement. Assez de paternalisme : vous étiez bien assez grands pour vous débrouiller seuls. Je vous ai suivi de plus loin… Le temps d’un nouveau week end à Châteauroux, j’ai pu constater que jeunesse ne rimait toujours pas avec nuit calme et j’ai dû me réfugier dans ma voiture pour trouver le sommeil… Ah ces jeunes ! Dans la Marne, en 2007, nous nous sommes manqués mais qu’importe, vous n’aviez plus besoin de nounou !

Ayant abandonné en 2007 mes fonctions à la FNC, pour me recentrer dans mes régions  Nord Pas-de-Calais, Champagne et Picardie, j’ai laissé en même temps le dossier « jeunes chasseurs » à Paris. Et voilà que j’apprends avec plaisir que vous l’avez enfin créée cette asso nationale. Super ! Bravo les jeunes !

Vous savez sans doute que pour vous, ce ne sera pas facile de chasser face au nouvel ordre inquisiteur de la « deep écology » qui se montre à visage découvert, via le « bien-être animal ». Mais à cœur vaillant, rien d’impossible ! Et le cœur, je sais que vous l’avez. Vous en aurez besoin car les combats qui se profilent seront plus durs que ceux que nous avons menés et que nous continuons de mener à vos côtés. Autant que vous soyez dans le vif du sujet car, pour tout vous dire, les chasseurs se sont parfois trompés de guerre ; aujourd’hui encore, j’en vois qui mènent des combats d’arrière-garde… Heureusement, vous êtes là pour voir plus loin que le bout de votre fusil.

Alors, maintenant que vous vous êtes lancés, je peux vous l’avouer : c’était un piège ! Un piège pour que vous vous impliquiez dans cet art de vivre qu’est la chasse, et que les vieux crabes puissent souffler un peu… Bossez bien, je compte sur vous ! Et si vous avez besoin d’un coup de main, n’hésitez pas mais… ménagez-moi !

Thierry Delefosse,
Journaliste cynégétique

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Mis à jour le mardi 18 mars 2008 22:16

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